La Coupe du monde 2026 a généré 1,3 milliard d'euros de mises sur les paris sportifs en ligne, un record, selon l'Autorité nationale des jeux. Un succès pour l'industrie, mais un échec pour une majorité de parieurs.

Avec 63 millions d'euros de mises rien que sur la demi-finale France-Espagne, la Coupe du monde 2026 a battu tous les records de paris sportifs en ligne, selon le dernier bilan de l'Autorité nationale des jeux (ANJ). Le ballon roule, et l'argent aussi. Portée par l'élargissement à 48 équipes et l'épopée des Bleus jusqu'en demi-finale, le Mondial a dopé les paris à des niveaux jamais vus. Mais entre les mises records, l'appétit croissant pour les paris sur les buteurs et les campagnes publicitaires XXL et pauses fraîcheur, l'Autorité note que la grande majorité des parieurs ressort de la compétition les poches à l'envers.
Des records de mises portés par l'épopée des Bleus, note l'Autorité nationale des jeux
Imaginez qu'un total de 1,3 milliard d'euros de mises et 157 millions d'euros de Produit Brut des Jeux ont transité par les plateformes en ligne pendant la Coupe du monde remportée par l'Espagne, c'est plus du double par rapport à 2022 (597 millions d'euros de mises, 70 millions de PBJ). L'ANJ y voit la conjonction de plusieurs facteurs, avec d'abord un format étendu à 48 équipes et 104 matchs, et une dynamique de marché déjà bien installée. Les mises annuelles sont passées de 8,5 milliards d'euros en 2023 à 10,3 milliards en 2024, puis 11,5 milliards en 2025, une année qui ne comptait pourtant aucune grande compétition internationale. Et il y a, bien sûr, le parcours des Bleus, qui ont échoué en demi-finale seulement, disputant ensuite la petite finale. Le régulateur estime assez logiquement que plus le calendrier du foot se densifie, plus les occasions de miser se multiplient, et avec elles le risque de voir grimper les pratiques de jeu excessif.
Sans surprise, ce sont les matchs de l'équipe de France qui ont fait s'affoler les compteurs, même sans finale au bout. La demi-finale entre les tricolores et l'Espagne du 14 juillet s'est imposée comme la rencontre la plus pariée depuis 2010, avec 63 millions d'euros de mises, devançant la finale France-Argentine de 2022 (51 millions d'euros). Dans son sillage, quatre autres rencontres ont franchi la barre des 30 millions d'euros : le quart France-Maroc (46 millions), la finale Espagne-Argentine (38 millions), puis les matchs Paraguay-France (35 millions) et France-Suède (33 millions).
On mesure aussi l'engouement au nombre de parieurs. L'ANJ a recensé 3,1 millions de joueurs actifs pendant la compétition, pour 3,8 millions de comptes actifs sur les plateformes, dont un million ouverts spécifiquement pendant le Mondial, pour près de 113 millions de paris engagés, contre 54 millions en 2022. Autre signe des temps : les paris simples sur le vainqueur du match ne représentent plus que 28 % des mises, contre plus de 45 % sur une saison de football classique, au profit de paris plus pointus sur les buteurs par exemple ou le score exact. Le pari en direct recule lui aussi, à 25 % des mises contre 40 % habituellement, probablement à cause des horaires tardifs de certaines rencontres. Quant au profil des parieurs, 44 % d'entre eux ont posé moins de dix paris sur toute la compétition, quand 15 000 fanatiques en ont aligné plus de 500.
Des parieurs très majoritairement perdants
Noyée dans ces chiffres record, une réalité nettement plus amère guette la majorité des joueurs. Selon l'ANJ, 471 000 parieurs ont perdu plus de 100 euros pendant la compétition, quand seulement 217 000 en ont gagné autant. À peine un quart des joueurs a terminé le Mondial sans perte, malgré le parcours flatteur des Bleus. Le régulateur promet d'ailleurs de garder un œil sur les prochains mois, pour mesurer les effets de cette parenthèse mondialiste sur l'évolution du jeu excessif.
En anticipant l'événement, les opérateurs avaient annoncé une hausse de 25 % de leurs budgets publi-promotionnels pour 2026, avec près de 150 millions d'euros de marketing et de gratifications concentrés sur les mois de juin et juillet, surtout à la télévision. L'ANJ leur avait demandé de ne pas dépasser ces enveloppes annoncées, consigne dont elle ne pourra vérifier le respect qu'à l'examen du bilan 2026, mais que les opérateurs semblent, pour l'instant, avoir suivie. Les fameuses pauses fraîcheur n'ont pas été commercialisées par M6 et beIN Sports (qui ont profité à l'inverse des SMS surtaxés) auprès des opérateurs de jeux d'argent, afin de ne pas alourdir la pression publicitaire pendant les matchs. L'Autorité envisage désormais d'actualiser la charte d'engagement signée en 2022 avec les éditeurs et les régies publicitaires, tandis que huit opérateurs ont, de leur côté, mené leurs propres campagnes de prévention du jeu excessif.

Sur le plan législatif, l'ANJ déplore l'abandon du whistle-to-whistle ban, une mesure de limitation de la pression publicitaire des opérateurs qu'elle réclame depuis plusieurs années. Elle avait pourtant été votée par l'Assemblée nationale dans le cadre de la proposition de loi sur l'organisation, la gestion et le financement du sport professionnel, avant d'être supprimée en commission mixte paritaire. L'Autorité se réjouit en revanche de l'adoption par le Parlement de plusieurs mesures renforçant la lutte contre l'offre illégale, ainsi que de nouvelles protections pour les 18-25 ans, comme un encadrement plus strict de leur capacité à relever eux-mêmes leurs limites de jeu, et un pouvoir donné à l'ANJ pour plafonner le montant de leurs pertes. Cette Coupe du monde aura en tout cas, sous deux formes bien différentes, largement fait tourner la caisse enregistreuse des opérateurs.